Le commerce équitable

" Ce n’est pas de pitié, ni d’assistanat dont les pays du sud ont besoin, mais d’une remise en cause d’un système économique mondial basé sur la domination et l’exploitation et surtout de notre façon à chacun(e) de consommer "

Le commerce équitable s’inscrit dans la dynamique de la solidarité internationale et locale, se situant dans le cadre d’un développement durable et solidaire. Ce mode de fonctionnement basé sur des échanges justes et équitables, permet la pérennisation des économies les plus fragiles tant au nord qu’au sud.

En court-circuitant la spéculation sur les marchandises et les matières premières, en garantissant une rémunération plus juste, le commerce équitable permet à des petits producteurs ou artisans de pays dits pauvres de vivre décemment de leur travail et de construire leur avenir sans assistanat, dans la démocratie et le respect de l’environnement.

Si le commerce équitable est un outil pour construire un monde plus juste et solidaire entre le Nord et le Sud, il serait stérile d’agir dans ce sens sans un regard sur la situation des producteurs et autres personnes plus proches de nous géographiquement. En effet, le commerce équitable s’inscrit dans démarche plus générale qu’est l’économie solidaire.

Critiques du commerce équitable

S’engager ici dans une démarche de commerce équitable international implique avant tout réalisme et sincérité. En effet, agiter le commerce équitable comme la solution salvatrice des « pauvres petits producteurs du Sud » serait plus que simpliste et consisterait à vendre de l’illusion et de la bonne conscience. Si des améliorations des conditions de vie pour des producteurs du Sud intégrés dans des circuits du commerce équitable sont réelles, nous sommes encore souvent loin de l’équité. D’une manière générale, les richesses produites dans les filières de ce commerce alternatif se retrouvent dans une forte proportion une fois de plus dans le Nord. Par exemple, pour une tasse de café équitable payée dans un bistro environ 1,20 €, seulement 0,01 € revient au producteur.

Si l’objectif de la démarche est au premier abord d’améliorer les conditions de vie du Sud, maintenir la création de richesse aux pays producteurs devrait être une des priorités. Ce n’est malheureusement pas le cas dans de nombreuses filières de commerce équitable où les matières premières, il est vrai mieux payées, se trouvent transformées en Occident. Pourtant, en gardant au moins une à deux étapes de transformation (torréfaction, filature, …) et par là de la valeur ajoutée en amont le terme équitable commencerait à trouver son sens. Aujourd’hui, les démarches dans cette direction sont nettement minoritaires. A l’inverse, des sociétés, dont les principales multinationales maitresses du marché alimentaire mondial, aux pratiques radicalement opposées aux valeurs du commerce équitable se bousculent au portillon d’une nouvelle niche qui s’avère être un argument marketing des plus efficaces.

Vous ne changerez pas le Monde en poussant votre caddie.

Fin des années 90, alors que le commerce équitable dans l’hexagone accusait un retard évident, la tentation était grande d’amener les produits issus du commerce équitable là où vont les fameux consommateurs. Sa distribution est aujourd’hui détenue à 70 % par via les temples de la consommation. On vous y invite remplir votre caddie comme d’habitude, influencé par les promotions, les têtes de gondoles et autres promotions alléchantes. On vous propose de gagner des points par-ci, par-là. Après avoir fait le plein de produits de multinationales autant inéquitables pour les producteurs que néfastes pour l’environnement voir pour votre santé, les grands distributeurs vous proposent un bon geste et la possibilité de vous offrir une bonne conscience en déposant sur le dessus de vos courses une petite pincée d’équité.La taxe payée, consommez tranquille.

Vous ne seriez pourtant pas en ce moment en train de lire ce texte sur le commerce équitable s’il n’existait un commerce inéquitable dominant, organisé mondialement selon des principes de domination et d’exploitation. Le commerce équitable est avant tout une réaction à un ordre mondial triomphant, du moins en apparence, en organisation dans laquelle la grande distribution joue un rôle essentiel. L’engagement d’Ingalañ et de ses membres ne se fait donc pas dans l’objectif de rassurer les consommateurs, encore moins dans l’espoir de rendre le capitalisme gentil.